Si vous aviez bien tout suivi, j'avais décrit dans un article précédent ("le début de la fin") comment nous étions déjà passées de 638194747 tétées quotidiennes à 5 puis 4 puis 3 voire 2 tétées diurnes. Il restait également deux tétées nocturnes à peu près (nous étions en période de poussées dentaires). Je vous laisse relire l'article pour plus de précisions concernant cet acte 1.
 
Bref, tout roulait plutôt bien, on avait notre routine mais je ne parvenais pas à supprimer une des tétées restantes pour avancer et surtout, petit à petit, Rose s'est mise à re-réclamer bien plus souvent (le pic des 2 ans je pense) et je n'étais disponible ni psychologiquement ni physiquement (en pleine confusion avec une gourde à paille, les tétées étaient douloureuses) pour les lui accorder. C'est finalement Rose qui a débloqué la situation et entamé l'acte 2 en me réclamant un ... biberon. Elle savait que l'objet servait aux enfants qui "ne peuvent pas faire des tétées" et a donc naturellement fait le rapprochement. Au début je ne voulais pas (j'aurais vraiment aimé éviter la case biberon, surtout passé 2 ans...) mais finalement j'ai décidé de faire comme je fais d'habitude lorsqu'elle exprime un besoin : lui faire confiance. On a donc été acheter un biberon. Je n'y connaissais rien donc je lui ai simplement dit de choisir celui qui lui plaisait le plus. Elle a choisi un grand biberon bleu avec une tétine ronde. J'ai découvert ensuite par hasard que les tétines rondes étaient les plus acceptées par les enfants allaités (il n'y a pas de hasard !...). Le biberon lui a servi deux jours, je lui mettais de l'eau dedans, ca satisfaisait sa curiosité et peut être son besoin de succion, puis il a été zappé. Entre temps nous sommes revenues à 3 tétées diurnes et les tétées nocturnes avaient disparu.
Je tentais de re-supprimer l'une des tétées diurnes à grand renforts d'alternatives mais Rose me disait qu'elle voulait le "lait" (ce qu'elle ne me disait absolument pas durant l'acte 1). J'ai fini par lui proposer de chercher un autre lait du coup qui pourrait satisfaire son besoin et le mien. Et alors là : début de l'acte 3 que j'intitulerais "À la recherche du bon lait de substitution" 😅
 
J'ai commencé par tester de simples boissons végétales renforcées en calcium car elle avait plus de 2 ans : boisson à l'amande froide, boisson à l'amande chaude, boisson à l'avoine froide, boisson à l'avoine chaude, boisson au riz froide, boisson au riz chaude, etc. Rien, elle n'allait pas au delà du trempage de lèvres. Je suis passée un peu à contre-coeur au lait de vache. Demi écrémé froid, demi écrémé chaud, entier froid, entier chaud.. le lait de vache entier et bien chaud semblait lui plaire un peu, elle pouvait boire un quart de verre lorsqu'elle avait besoin de lait, mais jamais plus. Je vous avoue que j'ai tenté d'y mettre une pincée de cacao pour voir si ça lui permettait d'en boire plus, mais non. Je commençais à désespérer et elle continuait de demander du lait. À mon supermarché le lait entier est vendu par litre; après la 2ème bouteille qui a fini dans l'évier, je lui ai dit que ce n'était plus possible et que c'était trop précieux pour être gaché, et qu'on allait trouver autre chose. Entre temps, les dents ainsi que le biberon avaient fait leur grand et ultime retour.
En partant à la recherche d'un dernier truc que je n'aurais pas encore testé, je tombe sur des toutes petites bouteilles de lait dit "de croissance" (12 à 36 mois). Alors oui je sais que pour beaucoup le lait de croissance c'est marketing etc etc.. moi j'ai surtout vu que c'était un format 50cl et que son âge était dans la fourchette. J'ai demandé à Rose si elle voulait tester et on est passées en caisse. Retour à la maison, elle me demande direct de boire du lait. Je commence par goûter moi-même du coup (pas envie de lui faire boire un truc qui me répugnerait moi-même) ; ça passe, pas dégueux, un goût de lait enrichi quoi.
Je lui fais chauffer, je lui donne le biberon et là j'hallucine parce qu'elle le descend d'une traite ! J'étais partagée entre le désarroi (purée elle préfère le lait de croissance...), la satisfaction (enfin un truc qui lui plait !), et le soulagement aussi parce que même si on était sur une PCN celle ci était sans arôme, sans sucres ajoutés, bref du lait avec la blinde de vitamines et minéraux donc ça aurait pu être pire je crois.
 
Enfin que ce soit clair : on était quand même à des années lumières de ce que je voulais à la base, soit un sevrage par complémentation solide, sans passer par le biberon ni par un lait (et encore moins une PCN)... mais j'ai compris dans la foulée que je ne pouvais pas avoir le beurre et l'argent du beurre, le sevrage et choisir la façon dont ma fille pourra le vivre au mieux. Il se trouve que pour le vivre le mieux possible elle a eu besoin d'un biberon rempli de lait. Soit...
Je lui impose déjà un sevrage, je ne vais pas en plus lui interdire ce qui lui permettrait de le vivre de façon sereine.
 
Début de l'acte 4 : j'ai évalué la tétée la moins importante parmi nos 3 restantes. Pour nous c'était la tétée du soir parce que Rose ne s'endormait plus au sein depuis longtemps, mais c'est vraiment du cas par cas je pense. Quand elle demandait à téter le soir on proposait un biberon, elle participait pour le remplir, le faire chauffer etc. Ca c'est très bien passé. J'ai attendu que la situation devienne totalement habituelle puis j'ai fait sauter la tétée de milieu de journée de la même manière. Là aussi aucun souci. Entre temps j'ai voulu tester le lait artificiel en poudre parce que je trouvais ca carrément pas pratique de me trimballer des petites bouteilles mais on en a testé deux et les deux étaient absolument dégueux (mais genre vraiment) donc je me suis rabattue sur nos petites bouteilles et j'ai arrêté de jeter notre argent par les fenêtres 🙄
 
Je tiens à dire que mon approche concernant une demande de tétée non négociable n'a jamais changée ; même en plein sevrage, si je sentais qu'à un moment M bien précis elle avait BESOIN de sa tétée, et que rien ne pouvait la remplacer, on partageait une tétée. Quand on est partie un weekend toutes les deux par exemple, elle était constamment fatiguée (moi aussi 😅) et elle s'est blessée. Elle a beaucoup tété en 48h, elle en avait vraiment besoin, il aurait été cruel de lui refuser. Une fois rentrées à la maison, nous sommes revenues à nos habitudes en moins de 24h et sans effusions de cris ou de larmes. Je pense qu'il ne faut vraiment pas avoir peur de reconnaître une situation exceptionnelle qui nécessite une pause exceptionnelle dans le projet de sevrage, en tout cas si on souhaite que ca se passe le plus sereinement possible.
 
Il ne nous restait donc qu'une seule tétée, celle du matin. Nous en avons bien profité, parfois on la faisait durer, dans la chaleur du sommeil, je n'étais absolument pas pressée de la faire sauter et de clore le sevrage. Puis petit à petit j'ai senti que j'avais de moins en moins de lait, si la tétée s'éternisait un peu trop ça devenait très désagréable pour moi. J'en faisais part à Rose qui me disait aussi rapidement "a pu lait" !
 
Les jours passaient donc et Rose tétait à vide de plus en plus vite. Souvent elle s'arrêtait en cours de tétée pour demander un biberon de lait... Un matin elle ne m'a pas réclamé de biberon et a continué à téter à vide longtemps, longtemps. On a passé 1h dans le lit à partager cette tétée. Ca me tirait mais étrangement je ne l'ai pas écourtée. Rose ne buvait rien mais elle ne s'arrêtait pas non plus. Avec le recul, je pense qu'on savait toutes les deux qu'on vivait notre toute dernière tétée... On a fini par aller prendre notre petit déjeuner et tout en mangeant je lui ai rappelé que bientôt, ces tétées du matin allaient se finir (je lui en parlais souvent pour la préparer, j'ai fait ça a chaque étape, je pense que la verbalisation est très importante pour un petit enfant, et pas seulement dans le cadre d'un sevrage). Elle m'a regardé et, contrairement à d'habitude, elle m'a dit "ça y est, fini"...
Le lendemain Rose n'a pas demandé de tétée, la journée s'est écoulée l'air de rien. Le surlendemain elle m'a dit "tétée" en se réveillant, je lui ai dit "tu te rappelles, les tétées sont finies ?", on a fait un gros câlin et on a mangé notre petit dej'. Pas plus compliqué. Parfois elle me demande encore comme un automatisme, mais on trouve rapidement une alternative (poser sa main sur ma poitrine, boire un peu de lait tout contre moi, faire un gros câlin...) Elle recherche la proximité plutôt que le fait de téter il me semble. Il faut que l'on redécouvre nos relations maintenant...
Ma poitrine a commencé à me tirer un peu au bout de 48h, j'ai entamé des massages quotidiens à base d' HE de menthe poivrée (beaucoup d'huile végétale de rose musquée mélangée à 1 à 2 gouttes de menthe poivrée sur chaque sein, tous les matins et tous les soirs pendant 3 jours ; attention ne jamais utiliser cette HE enceinte !). Pas d'engorgement, de canal bouché ou autre.
 
Je publie tout ça pour donner un exemple de ce à quoi peut ressembler le sevrage d'un enfant de deux ans, avec le moins de violence possible. Je me suis beaucoup remise en question, je suis revenue sur pas mal de mes principes, parce que son bien-être lors de ce sevrage était ma priorité. Je ne sais pas si elle gardera encore longtemps ses biberons de lait, ou si c'était juste pour l'aider à faire la transition (après tout elle n'est sevrée que depuis une bonne semaine). Je la laisse gérer, je sais qu'elle se connaît et qu'elle sait gérer ses besoins comme personne.
Notre sevrage aura pris quasiment 5 mois. J'en suis très heureuse ; s'il avait été plus court, je l'aurais mal vécu et Rose aussi. On a pris notre temps. C'est notre sevrage ; ce n'est pas un modèle ni un mode d'emploi, juste un témoignage, et je suis intimement persuadée qu'il existe autant de façons de sevrer un enfant qu'il existe d'enfants. Je suis très heureuse de nous avoir offert presque 2 ans et demi d'allaitement. Je suis heureuse pour elle de tout ce qu'elle aura eu, de tout ce que cet allaitement lui a évité et lui évitera encore jusqu'à la fin de ses jours, je suis heureuse pour moi aussi, venant d'une famille avec cancers du sein la moindre des choses que je pouvais m'offrir pour faire baisser les risques c'était bien au moins deux ans d'allaitement. Un beau travail d'équipe !
J'ai parfois un petit pincement au coeur de me dire que c'est totalement fini (dur de changer 2.5 ans d'habitudes !) mais je ressens aussi un soulagement et une vraie joie un peu égoïste de retrouver mon corps juste à moi après 38 mois à le partager, c'est un mélange de sentiments très étrange.
À refaire, je le referai les yeux fermés. Cette relation lactée a participé à la construction de la mère et de la femme que je suis. J'en resterai fière toute ma vie ❤

 
Côté pratique parce que je sais qu'on va me le demander :
- Rose boit ses biberons a la demande, environ 100ml par prise, sauf pour le 1er de la journée vers 7h où elle boit 180ml d'un coup. Elle en boit environ 4/ 24h. Les enfants de son âge sont censés boire en moyenne 500ml de lait du coup elle s'est bien régulée toute seule -comme d'habitude !
- Je ne compte pas faire de publicité pour une marque de PCN donc je ne donnerai pas publiquement celle que Rose boit.
- Avant le sevrage (donc en étant allaitée) elle faisait des nuits complètes, depuis le sevrage ce n'est plus le cas. Ca reviendra certainement, je ne m'inquiète pas, elle vit un grand chamboulement.

EDIT

20 jours plus tard.

Le LA dans son biberon a fini par lui provoquer des maux de ventre. Nous avons tenté de passer au lait de vache entier mais les maux de ventre persistaient. Etant donné son ancienne APLV (de 0 à 12 mois environ), et le fait que moi-même je sois incapable de boire du lait de vache sans avoir de violents maux de ventre, nous avons progressivement introduit de la boisson végétale dans ses biberons, avec son accord. Les maux de ventre se sont atténués et ont fini par disparaitre après quelques biberons 100% végétaux.

Nous lui donnons de la boisson à l'avoine enrichie en calcium, c'est la plus neutre niveau gout. Cette alternative est possible pour Rose car elle n'est plus un nourrisson. Ce n'est PAS du lait, ni naturel ni artificiel, et ça ne conviendrait absolument pas pour un enfant de moins de deux ans. Nous pouvons souvent lire dans la presse les cas malheureux de familles véganes qui ont donné de la boisson végétale à leur bébé qui a fini en grave carence ou pire que ça, parce que ces gens voulaient éviter l'allaitement, le lait artificiel et le lait de vache. Les bébés humains ont besoin de lait, nous sommes des mammifères. Le terme nourrisson couvre scientifiquement la période 0-2 ans. Si vous ne souhaitez/pouvez pas allaiter ni donner de lait animal à votre nourrisson, il existe des laits artificiels à base végétale (premiamande, modilac riz...). Ne faites pas n'importe quoi !

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